Quand on entend parfois Gabriel Ringlet sur les ondes, son ton apparaît plutôt compassé. Ce mardi, à Verviers, son ton était joyeux. Devant une septantaine d'auditrices et d'auditeurs, il entrouvrait les portes d'une Église à l'écoute, en phase avec notre monde. Grâce aux rites «dont trente-cinq sur quarante peuvent être exercés par des laïcs».
Des exemples
Son récit a été parsemé d'exemples. Joyeux et tristes. Celui d'enfants élevés par une mère seule, enlevée à leur affection par un cancer. «Je les ai invités à déposer une petite lampe, allumée au cierge pascal, sur le cercueil de leur maman. Et je leur ai dit que leur maman serait toujours à leurs côtés». Celui d'un couple de Syrien «qui parlaient la langue du Christ, l'araméen», et qui n'ont pu se résoudre à accepter une petite fille gravement trisomique. «Avec eux, nous avons émietté de la terre sur le petit cercueil blanc au fond de la tombe. Et nous avons déposé des roses, après qu'ils eurent prié le Notre Père en araméen». Ou encore celui de cette femme d'affaire, terrassée elle aussi par un cancer «qui avait écrit des lettres pour sa fille, pour son mariage, puis pour la naissance de son premier enfant». Elle m'a offert son vide et son plein». Que faire? Que dire? «J'ai appliqué sur son front et sur ses mains une huile parfumée. Puis j'ai pris ses mains et les ai soulevées. La plus belle élévation que j'ai pu célébrer».
Il y a eu aussi cette Irlandaise, violée par son oncle curé. Relaté dans son livre «Des rites pour la Vie», il a brûlé la photo de baptême de cette femme, opéré par son oncle. «Puis nous nous sommes rassemblés autour d'elle, en mettant nos mains sur son épaule».
Loin de l'Église
Il y ausis ces demandes de rites, «loin de l'Église». Celui d'un mariage entre une catholique et un musulman, respectueux des deux religions. Ou de ces quatre couples qui avaient accueili un nouveau-né, et qui souhaitaient une baptême simultané. «Ils ne sont pas venus à l'église pour assister à la messe le dimanche suivant, mais qu'importe? La démarche était là».
La force de l'amitié
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| La force de l'amitié, l'audace d'ouvrir des ports |
Gabriel Ringlet est fort de ses amitiés. Avec Roger Lallemand, le défunt sénateur socialiste, promoteur de la loi sur l'avortement
«qui me disait qu'il fallait aller au-delà de son clan». Avec ces médecins laïcs, qui pratiquent l'euthanasie,
«mais qui demandent quels gestes pratiquer, pour aller au-delà de la piqüre létale»Celle de l'évêque de Liège, quand, jeune curé au Mont-Falize, sur les hauteurs de Huy, il bénissait des mariages de gens divorcés «et qui m'a demandé de ne pas en faire trop de publicité». Celle aussi du recteur de l'université catholique de Louvain (-la Neuve) qui «quand Mgr Léonard m'attaquait» défendait son vice-recteur en disant à celui qui était alors évêque de Namur, qu'il ne devait pas se mêler des affaires de l'UCL.
Une école
Tout le monde peut pratiquer les rites, répète Gabriel Ringlet. Il a même ouvert une «école des rites» au Prieuré de Malève-Sainte-Marie.
Cela demande du temps. «On réécrit les évangiles. On utilise la chanson française actuelle, qui est beaucoup plus profonde que les psaumes classiques».
Et cela marche: plus de 400 personnes ont assisté à un Vendredi Saint, commenté par des infirmières qui soignent des enfants cancéreux.
«Il n'y a rien d'extraordinaire à cela: tout le monde peut inviter des personnes à venir commenter l'évangile», pose-t-il. Là aussi, il n'en est pas à son coup d'essai. Sur les hauteurs hutoises, il avait invité Georges Moucheron, présentateur du JT de la RTBF, à venir lire et commenter l'évangile du Bon Samaritain. «Et il l'avait commenté en reprenant des éléments de ses cinq JT précédents. Après la messe, tout le monde restait pour parler avec lui». Il y avait aussi invité Nicole Cauchie, journaliste radio de la RTBF qu'on présentait comme une gauchiste engagée, qui avait commenté l'évangile «Qu'as-tu fait de ton frère?». J'en avais été le modeste témoin.
Gabriel Ringlet poursuit son chemin, et éclaire beaucoup de monde: «j'essaie, quand je célèbre une messe, que même des incroyants qui y assisteraient ressentent quelque chose».
On est loin des canons de l'Église catholique, qui constate que les églises se vident. Faute d'être en phase avec le monde d'aujourd'hui?
Parmi l'assistance, hors le doyen de Verviers, Stanis Kanda, et l'un ou l'autre vicaire, on ne voyait guère de curés et de vicaires de la région verviétoise....